Cloudflare protège plus de 4 millions de sites Web grâce à son réseau mondial qui englobe 86 villes dans 45 pays. Ce réseau nous permet de suivre l'évolution du coût de la bande passante dans le monde entier.

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Rappel des faits

Il y a deux ans, nous avons donné un aperçu ducoût relatif de la bande passante observé dans différentes parties du monde. La bande passante représente le coût récurrent le plus élevé dans le cadre de la prestation de nos services. En Australie, en Asie et en Amérique latine, les coûts d'Internet se sont avérés considérablement plus élevés qu'en Europe et en Amérique du Nord. Même si les coûts de la bande passante ont tendance à baisser avec le temps, sous l'impulsion de la concurrence et de la diminution des coûts du matériel utilisé, nous avons pensé qu'il serait intéressant de vous faire un bilan.

Depuis août 2014, le nombre de nos datacenters a triplé, passant de 28 à 86, et d'autres sont en passe d'être créés. Les équipements de Cloudflare sont également implantés dans de nouvelles régions comme le Moyen-Orient et l'Afrique. Notre réseau s'étend sur plusieurs pays sur chaque continent et, parfois, sur plusieurs villes dans chaque pays.

Trafic au niveau des 86 datacenters du réseau Cloudflare

Il existe environ treize réseaux appelés « réseaux de niveau 1 » (tels que Telia, GTT, Tata, Tata et Cogent) qui vendent du « transit » pour accéder à des milliers d'autres réseaux sur Internet en utilisant leur dorsale mondiale, y compris des réseaux qui ne sont pas leurs clients. Nous nous connectons aux réseaux soit en achetant du transit auprès d'un « réseau de niveau 1 » (ou d'un réseau régional important), soit en échangeant du trafic directement avec un opérateur ou un FAI par « peering ». Le trafic échangé par peering l’est généralement sans accord entre les parties concernées.

Nous essayons de faciliter autant que possible l'interconnexion des réseaux avec nous. Cloudflare a une politique de « peering ouvert », et participe à près de 150 échanges Internet, soit plus que toute autre entreprise.

Supposons, à titre de référence, que le coût du transit en Europe et en Amérique du Nord soit de 10 unités (par Mbit/s). Une fois ce benchmark en place, sans divulguer les prix exacts, nous pouvons comparer les régions par coût de transit, par pourcentage de peering et par coût mixte effectif (transit + peering).

Europe

Comparaison entre le transit et le peering en Europe (30 derniers jours)

D'après notre benchmark, le coût du transit est de 10 unités. La région compte un grand nombre d'échanges sur Internet, généralement à but non lucratif, où nous échangeons environ 60 % de notre trafic. Cela représente un coût régional effectif de 4 unités.

À l'exception sans doute notable de l'opérateur historique en Allemagne, de nombreux réseaux sont favorables à une interconnexion ouverte. Cloudflare participe déjà à 40 échanges Internet européens et est sur le point d'en rejoindre au moins cinq autres.

Amérique du Nord

Comparaison entre le transit et le peering en Amérique du Nord (30 derniers jours)

Le coût du transit en Amérique du Nord est égal au coût en Europe, soit 10 unités. Nous échangeons environ 40 % de notre trafic, ce qui représente un coût régional effectif de 6 unités.

Le niveau d'échange de trafic en Amérique du Nord est inférieur à celui de l'Europe, mais en nette amélioration par rapport aux chiffres d'il y a deux ans. Il est prévu que la part du trafic échangé augmente. Des changements importants sont survenus et se produisent sur le marché nord-américain, comme l'acquisition de clients de Verizon FiOS par Frontier dans trois États américains et la préparation de la fusion de Charter avec Time Warner Cable. Nous constatons que ces changements ont un impact sur le paysage des interconnexions régionales.

Notre système de peering s'est particulièrement développé dans les petites régions, au plus près du visiteur final, ce qui a conduit à une amélioration des performances. Cela se fait soit par peering privé, soit par le biais d'un point d'interconnexion comme le Midwest Internet Cooperative Exchange (MICE) de Minneapolis.

Afrique

Comparaison entre le transit et le peering en Afrique (30 derniers jours)

14 fois plus élevés que le prix de référence, soit 140 unités, avec des variations notables d'un bout à l'autre du continent, les prix du transit en Afrique sont parmi les plus élevés du monde,du Caire à Mombasa, en passant par Johannesburg. Heureusement, nous parvenons à échanger environ 90 % du trafic que nous sommes actuellement en mesure de fournir localement en Afrique (en combinant les opérateurs et les FAI), ce qui représente un coût effectif de 14 unités.

Nos implantations en Afrique nous permettent d'éviter les temps d'attente importants liés à la desserte de sites Web depuis Londres, Paris ou Marseille. L'Afrique de l'Ouest est une région particulièrement prometteuse mais difficile, où nous espérons déployer un datacenter Cloudflare, en particulier au Nigéria, où il y a déjà pas loin de100 millions d’internautes.

Moyen-Orient

Comparaison entre le transit et le peering au Moyen-Orient (30 derniers jours)

Cloudflare dispose actuellement de quatre datacenters au Moyen-Orient, chacun d'entre eux étant un déploiement de cache chez des FAI partenaires stratégiquespour desservir leurs clients respectifs. Nous sommes en mesure de partager tout le trafic actuellement acheminé à partir de ces datacenters. Bien que ces derniers assurent collectivement une couverture importante, il existe un trafic supplémentaire (atteignant l'Europe) que nous aimerions localiser dans la région. Nous espérons que les autres FAI, comme Saudi Telecom Company, déploieront des caches similaires et amélioreront les performances de leurs clients.

Dans la mesure où nous sommes en mesure de partager 100 % de notre trafic au Moyen-Orient, notre tarification effective pour la bande passante dans la région est de 0 unité. Bien entendu, d'autres coûts entrent en jeu dans la prestation de nos services au-delà de la bande passante. Cependant, en augmentant les taux de peering au Moyen-Orient, nous avons réussi à rendre notre service au Moyen-Orient extrêmement compétitif en termes de coûts.

Asie

Comparaison entre le transit et le peering en Asie (30 derniers jours)

En Asie (hors Moyen-Orient), les coûts de transit sont 7 fois plus élevés que l'indice de référence, soit 70 unités. Cependant, nous échangeons environ 60 % de notre trafic, ce qui représente un coût effectif de 28 unités.

En plus des principaux points de connexion à Hong Kong, Singapour et Tokyo, une partie importante de notre réseau d'interconnexion est située au plus près des visiteurs dans des villes comme Bangkok, Chennai, Kuala Lumpur, Bombay, Osaka, New Delhi, Séoul et Taipei. Ces statistiques ne tiennent pas compte de notre réseau de datacenters implantés stratégiquement en Chine continentale, où la dynamique de l'interconnexion est tout à fait unique.

Deux sites asiatiques se distinguent par leur coût particulièrement élevé : Séoul et Taipei. Sur ces marchés, où les opérateurs historiques sont puissants (Korea Telecom et HiNet), le transit coûte 15 fois plus cher qu'en Europe ou en Amérique du Nord, soit 150 unités.

La Corée du Sud est peut-être le seul pays au monde où les coûts de bande passante augmentent. Cela peut résulter de nouvelles directives du ministère des Sciences, des TIC et de la planification de l'avenir, qui fixent les conditions commerciales de l'interconnexion nationale, selon une hiérarchisation prédéterminée des réseaux participants. C’est contraire au modèle en vigueur dans la plupart des régions du monde, où les réseaux s'autorégulent, et effectuent du peering sans accord préalable. Le gouvernement détermine même le rythme auquel les prix doivent diminuer chaque année (-7,5 %), ce qui est nettement plus lent que la baisse annuelle des coûts unitaires de la bande passante ailleurs dans le monde. Nous ne pouvons partager que 2 % de notre trafic en Corée du Sud.

En incluant HiNet et Korea Telecom dans nos tarifs de bande passante mixte et en tenant compte du peering, notre prix effectif est de 28 unités. En excluant HiNet et Korea Telecom, notre prix effectif est de 14 unités.

Amérique du Sud

Comparaison entre le transit et le peering en Amérique du Sud (30 derniers jours)

Les tarifs de transit en Amérique du Sud sont très élevés, avec un coût 17 fois plus élevé que le prix de référence, soit 170 unités. Nous échangeons environ 60 % du trafic en Amérique du Sud, ce qui représente un coût effectif de 68 unités.

Si les prix du transit sont élevés, c'est en partie parce que les réseaux de niveau 1, qui viennent d'arriver dans cette région, ont encore à gagner des parts de marché importantes. Si des marchés comme le Brésil sont moins chers et ont un peering plus important, les coûts sont plus élevés dans des pays comme le Pérou et l'Argentine où un seul opérateur historique, respectivement Telefonica et Telecom Argentina, contrôle l'accès à la diffusion de contenu en bout de chaîne pour la plupart des internautes.

Tandis que nous essayons d'augmenter notre part de trafic partagé, l'un des défis auxquels nous sommes confrontés est que de nombreux GIX (comme NAP Colombia) n'autorisent que les réseaux incorporés et sous licence nationaux à se livrer publiquement à du peering ou exigent un vote à l'unanimité de leurs membres pour accueillir un nouveau participant, en créant dans la pratique une séparation entre « contenu international » et « contenu national ».

En incluant Telecom Argentina et Telefonica, notre coût combiné de bande passante en Amérique du Sud est de 68 unités. En excluant ces deux fournisseurs, notre coût combiné est de 17 unités.

Océanie

Comparaison entre le transit et le peering en Océanie (30 derniers jours)

Les coûts de transit en Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande) ont baissé mais restent relativement extrêmement élevés, atteignant 17 fois le prix de référence en Europe, soit 170 unités. Nous échangeons 50 % de notre trafic, ce qui représente un coût effectif de 85 unités.

En excluant Optus et Telstra, le prix tombe à 17 unités : nous effectuons du peering avec quasiment tous les autres.

Six réseaux coûteux

Coût relatif de la bande passante

Cloudflare a toujours cherché à optimiser les zones où se trouvent ses clients afin de mieux prendre en compte ses coûts effectifs. Les clients gratuits qui utilisent une quantité excessive de transit coûteux sont desservis à partir de moins de régions. La bonne nouvelle, c'est qu'au cours des cinq dernières années, nous sommes parvenus à négocier des prix de transit raisonnables ou un peering sans accord préalable avec la grande majorité des réseaux du monde. Cela nous permet de continuer à proposer la version gratuite de notre service, ainsi que de maintenir des prix bas pour tous nos services payants.

Aujourd'hui, cependant, il existe six réseaux coûteux (HiNet, Korea Telecom, Optus, Telecom Argentina, Telefonica, Telstra) qui sont nettement plus coûteux que d'autres fournisseurs de bande passante dans le monde et refusent de négocier des relations locales de peering. Pour vous donner une idée, ces six réseaux représentent moins de 6 % du trafic, mais près de 50 % de nos coûts de bande passante.

Bien que nous ayons essayé de convaincre tous ces fournisseurs de réduire leurs coûts extrêmement élevés et de faire en sorte que même nos clients gratuits puissent être desservis sur leurs réseaux, nous nous sommes heurtés à un mur. Nous avons malheureusement fait le constat que la seule chose capable de faire évoluer les tarifs de ces fournisseurs est de leur faire clairement comprendre à quel point ils sont en décalage avec le reste du monde. Pour le démontrer, nous avons retiré nos clients gratuits de ces six fournisseurs de transit. Les clients gratuits seront toujours accessibles sur notre réseau et seront desservis à partir d'un autre cache régional dont le coût de bande passante est plus raisonnable.

Ironie du sort, cela augmente les coûts pour plusieurs de ces fournisseurs, parce qu'ils doivent maintenant réacheminer le trafic vers un autre datacenter Cloudflare tout en payant davantage. Par exemple, si Telstra devait effectuer un échange de connexion avec Cloudflare, elle n'aurait qu'à déplacer le trafic sur environ 30 mètres de câble en fibre optique entre nos installations adjacentes dans le même datacenter. Telstra devra dorénavant réacheminer le trafic des clients gratuits vers Los Angeles ou Singapour via des câbles sous-marins coûteux. Leur comportement est irrationnel sur tout marché concurrentiel, et il n'est donc pas surprenant que chacun de ces fournisseurs soit en situation de monopole relatif dans son pays.

Si vous êtes un client gratuit de Cloudflare et souhaitez bénéficier des meilleures performances possible de l'un de ces six fournisseurs, nous vous conseillons de les contacter et de les encourager à suivre le principe fondamental qui est celui d'un Internet libre et ouvert, et à ne pas abuser de leur situation de monopole. Nous nous engageons à servir tous nos clients sur l'ensemble des réseaux qui effectuent des échanges de connexion avec nous. À cette fin, aidez-nous à convaincre ces six réseaux d’être en faveur d’un Internet libre en contactant votre FAI.

Nous publierons des bulletins d'information au fur et à mesure que nous négocierons avec ces six réseaux, et nous espérons être bientôt en mesure de desservir tous nos clients sur tous les réseaux avec lesquels nous sommes reliés.